Lave l'ange

Ce projet interroge nos automatismes pleins d'interprétations sur ce qui nous entoure, en mettant en miroir 2 domaines qui, à priori, n'ont rien à voir l'un avec l'autre : les laveries automatiques et les églises. On peut pourtant constater que dans ces 2 lieux, on y nettoie quelque chose.
La série de photographies en diptyque, pour un total de 44 planches, accompagnées de quelques phrases jouant sur les 2 langages spécifiques, fait émerger ce rapprochement qui devient alors évident et teinté d'humour.

Dans ma recherche artistique, je cherche à élargir nos logiques habituelles et nos champs d'interprétations sur ce que nous croyons connaître. Ce pas de coté vers l'incertitude me paraît nécessaire pour rester globalement en alerte sur nos modes de vue, de vie et de pensée.
Par ailleurs, laisser à une machine le soin de son linge et à l’Eglise le soin de son âme, est un besoin d’intermédiaire qui me questionne au sujet de notre responsabilité. L’être humain laisse son destin dans les mains de la technologie ou de la religion, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que ce chemin est bien hasardeux.
Le lavage est historiquement du domaine des femmes.
La marche de l'église est réservée aux hommes d’église, selon l'expression consacrée.
Chacun son domaine et pourtant, la recherche de la pureté est leur point commun.
Ce projet est né du fait que, lorsque je suis en ville et que je souhaite de m'extraire du chahut, je fais une pause dans ces lieux particuliers : les laveries automatiques et les églises. Je m'y réchauffe, je m'y reconstitue, j'y contemple, j'y réfléchi.
Ils sont spécifiques tous deux car ils permettent de passer du temps sans devoir consommer ou justifier de sa présence, fait actuellement assez rare pour être célébré. Ils offrent aussi l’intériorité, personne n'est obligé de tenir conversation avec son voisin. De plus, ils ont une odeur spécifique et reconnaissable.
Et surtout, on y pratique un nettoyage que l'on espère efficace. On y laisse ses émanations, ses dissimulations et autres miasmes au vu et au su de tous. La propreté étant toujours éphémère, on y revient tôt ou tard.
Le ton de ce projet est décalé et humoristique, se pose alors la question cruciale de savoir si la position caustique envers la religion est possible. Je ne cherche aucunement l’offense, j’ai toutefois conscience que je suis sur la limite. Le pamphlet ou la caricature ont toujours existé et le prix à payer est parfois cher pour les auteurs, risquant de provoquer l’autocensure. Et pourtant, ils sont indispensables à la pensée.